21 mars 2008
L'Homo Sapiens Sapiens peut ne pas être fier de lui
Je voulais taper un fabuleux article sur comment ma semaine de vacances allait être atrocement géniale rien que pour le fait de pouvoir dormir plus de 6h par nuit (oui il m'en faut peu pour être heureuse) et de ne plus avoir à entendre la moindre voix de pétrelle à moins de 3km à la ronde mais en fait, non. Pas que je veuille pas, vous aurez surement l'article sus-cité d'ici peu parce que je fais souvent le contraire de ce que je dis (mon entourage a à peu près 6 milliards d'exemples sous la main et ne manquera pas d'argumenter si doute il y a mais j'ai comme l'impression que doute il n'y a pas, bande de chacals. Chacals ? Chacaux ? Bref, bande de hyènes, c'est pas mal aussi).
Non en fait si je le fais pas, c'est parce que notre fabuleuse petite île située quelque part dans l'océan Pacifique a une tendance quelque peu facétieuse à nous refaire plonger quand ça lui chante dans les temps anciens. Comprenez par là vie des cavernes, mammouths en folie, os dans le nez ou presque. Après tout, des hommes dignes de leurs ancêtres Néanderthaliens, on en trouve par centaines ici-bas. Si je dis tout ça, c'est parce qu'aujourd'hui, vendredi 21 mars, à 18h01 précisément, nous n'avons plus d'électricité because of this fabulous temps de merde.
Et là je suis en train de réaliser qu'en fait, sans électricité, à la tombée de la nuit, quand les meubles sournoisement tapis dans l'obscurité n'attendent que de vous faire un croche-patte en profitant abusivement de votre myopie / presbytie / cataracte / absence d'oeil si vous êtes malchanceux, c'est dur.
Et c'est surtout impressionnant de constater qu'on est autant dépendant de ces milliards de petits électrons qui se baladent par-ci par-là. Parce que seule chez moi avec une panne de courant, sans l'homme à frapper (oui dans mon couple, c'est moi qui bats mon partenaire mais il aime ça, j'en suis sure), sans un(e) ami(e) à traumatiser avec tous les malheurs insoutenables de ma vie, sans un magazine hautement philosophique à décortiquer sous toutes les pages, sans un reportage sur un sujet à controverse du type "A-t-on le droit de sortir librement dans la rue quand on éprouve un amour honteux pour la dernière chanson de Sheryfa Luna ?" à regarder, sans une chanson à psalmodier en boucle jusqu'à créer une manif de voisins pour ma délocalisation, sans un blog à lire, sans un mail à écrire, ben je m'ennuie puissance 4.
Oui je sais, je pourrai faire un effort et me mettre à faire quelque chose qui ne nécessiterait pas l'utilisation de la moindre particule électrique (écrire à la main, chanter a capella, jouer aux mikados, terminer le sudoku commencé 6 mois plus tôt, me mettre du vernis sur les orteils sans en foutre la moitié sur la plante des pieds -je suis exceptionnellement douée et je l'assume-, tricoter, apprendre mes cours de physio, observer le comportement des fourmis qui ont élu domicile sur le coin du mur) au lieu de râler, râler, râler, mais dans le noir (je rappelle que la condition initiale est l'absence d'électricité), c'est dur. C'est même pas de la mauvaise volonté, je vous jure.
J'avoue qu'à ce stade-là, je suis en admiration devant les australopithèques et leurs cousins Cromagnon qui devaient surement plus s'amuser que moi sans avoir besoin du moindre petit électron. C'est dire l'état de dépression avancée.

